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Corrosion filiforme : celle qui dessine des filaments sous la peinture.

Elle ne ronge pas des plaques : elle trace des fils. La corrosion filiforme progresse sous les revêtements minces en filaments caractéristiques, partis d'un défaut du film, et reste invisible jusqu'à ce que le film cloque ou se soulève. Ce guide explique son mécanisme, ses conditions favorites — et pourquoi les arêtes sont ses portes d'entrée.

Introduction

Une corrosion qui vit dans l'interface.

La corrosion filiforme se développe entre le métal et son revêtement — dans l'interface même que le film était censé protéger. Elle démarre toujours à un défaut : rayure, pore, arête mal couverte, bord de découpe, impact. De là, elle progresse en filaments fins, à tête active et queue inerte, qui serpentent sous le film en le décollant localement.

Ses terrains de prédilection : les films minces et semi-perméables, l'aluminium (et l'acier, sous certaines conditions), et les atmosphères durablement humides — littorales notamment, où les chlorures fournissent l'amorce idéale au niveau du défaut.

Définition — corrosion filiforme

Forme de corrosion sous film progressant en filaments fins à partir d'un défaut du revêtement, sous atmosphère très humide. La « tête » du filament est le site actif (électrolyte confiné, différentiel d'aération) ; la « queue » est constituée des produits de corrosion secs. Fréquente sur aluminium revêtu en environnement marin.

Pourquoi c'est important

Parce qu'elle attaque précisément ce qui semblait protégé.

Le danger de la filiforme est psychologique autant que technique : elle frappe des surfaces revêtues — donc considérées comme réglées — et progresse masquée jusqu'au décollement visible. Sur des équipements laqués ou revêtus en zone littorale (menuiseries, carrosseries, capotages, équipements techniques), elle transforme un défaut millimétrique en réseau de filaments qui compromet l'adhérence sur des surfaces entières. Et sa leçon dépasse son cas : elle démontre que la qualité d'un revêtement se joue à ses bords et défauts, pas au milieu de ses surfaces planes.

Explications techniques

Le mécanisme — et les trois conditions qui l'activent.

À la tête du filament règne une micro-pile : électrolyte confiné, différentiel d'oxygène entre la pointe (appauvrie) et l'arrière, chlorures concentrés si l'amorce est saline. La tête avance en dissolvant le métal ; derrière elle, les produits de corrosion sèchent et forment la queue, qui soulève le film. Trois conditions gouvernent : un défaut d'amorçage (le film intact n'est pas attaqué), une humidité relative élevée et durable — le régime des atmosphères marines et des locaux humides —, et un film semi-perméable à la vapeur d'eau, typiquement mince. Supprimer l'une des trois, c'est la prévention.

Tableau 04 — Filiforme : conditions, terrains, parades
FacteurRôleParade correspondante
Défaut du filmPoint d'amorçage obligatoireSoin des arêtes, bords, perçages ; retouches immédiates des impacts
Humidité élevée durableEntretient l'électrolyte de la têteVentilation, drainage — et choix de systèmes adaptés au climat
ChloruresAmorce et carburant (littoral, salage)Rinçages, décontamination avant revêtement
Film mince semi-perméableLaisse respirer la micro-pileSystèmes et épaisseurs adaptés à l'exposition
Support aluminiumTerrain le plus classiquePrétraitement/conversion soigné avant revêtement
Filaments de corrosion sous un revêtement
Fig. 04b — La signature : des fils, pas des plaques — et toujours un défaut au départ
Point technique

Le diagnostic différentiel est simple : la filiforme dessine des filaments depuis un point identifiable ; la corrosion sous film « classique » cloque en plaques diffuses ; les piqûres percent en points profonds. Reconnaître le dessin, c'est identifier le mécanisme — et donc la parade.

Exemples concrets

Où on la rencontre.

Cas 01

Capotages laqués en bord de mer

Découpes et perçages de montage non retouchés : chaque bord devient une amorce. Deux saisons plus tard, les filaments rayonnent depuis les fixations. La parade tenait en un tube de retouche appliqué au montage.

Cas 02

Équipement rayé à la manutention

Une rayure de transport sur un carter revêtu, site humide : le défaut parfait. La retouche immédiate coûte une minute ; la reprise du carter décollé, une intervention.

Cas 03

Menuiseries et profilés aluminium

Le grand classique du littoral : profilés laqués attaqués depuis les coupes d'onglet et les usinages. D'où l'importance, à la conception, du traitement des chants — le milieu du profilé, lui, ne risque presque rien.

Erreurs fréquentes

Les erreurs que l'on voit le plus souvent.

  • juger un revêtement à ses surfaces planes en ignorant arêtes, bords et perçages
  • laisser vieillir les impacts et rayures « cosmétiques » en atmosphère humide
  • revêtir de l'aluminium sans prétraitement adapté — l'interface fragile est le lit de la filiforme
  • confondre filiforme et cloquage diffus : mécanismes différents, parades différentes
  • croire qu'épaissir le film au milieu compense des bords négligés
À éviter avant tout

La retouche remise « à la prochaine campagne ». La filiforme n'attend pas les campagnes : chaque défaut ouvert en atmosphère humide est un chantier qu'elle commence.

À retenir

L'essentiel en quelques lignes.

  • la filiforme vit sous le film, en filaments partis d'un défaut — jamais du film intact
  • trois conditions : défaut + humidité élevée durable + film semi-perméable ; chlorures en accélérateur
  • les arêtes, bords, découpes et impacts sont ses portes d'entrée : c'est là que se joue la qualité
  • parades : soin des singularités, retouches immédiates, prétraitement de l'aluminium, systèmes adaptés au climat
Questions fréquentes

FAQ.

Comment distinguer une corrosion filiforme d'un simple cloquage ?

Au dessin, et à l'origine. La filiforme trace des filaments — fins, sinueux, souvent rayonnants depuis un point identifiable : rayure, bord, fixation ; en soulevant délicatement le film décollé, on retrouve la queue poudreuse et la tête plus sombre. Le cloquage « classique » forme des bulles réparties, sans géométrie filaire ni point de départ évident — signature d'un problème d'interface généralisé : sels solubles piégés, préparation insuffisante, incompatibilité. La distinction importe : la filiforme appelle le soin des défauts et singularités ; le cloquage diffus appelle la remise en cause de la préparation ou du système entier.

Peut-on stopper une filiforme déjà partie, sans tout décaper ?

Localement, oui — si l'on traite complet. La zone atteinte se sonde (le film décollé s'étend toujours un peu au-delà du visible), s'élimine jusqu'au film adhérent sain, puis le métal mis à nu se décontamine — chlorures compris, c'est le point critique en littoral — avant retouche avec un système compatible, bords soigneusement noyés. Traiter court — recouvrir le filament sans ouvrir ni décontaminer — garantit la récidive sous la retouche. Si les filaments sont généralisés sur la pièce, l'arithmétique bascule : la reprise complète devient plus sûre et souvent moins chère que la chasse aux filaments.

Les batteries d'échangeurs sont-elles concernées par la filiforme ?

Le mécanisme exige un film continu sous lequel serpenter : il concerne donc les surfaces revêtues — capotages, carrosseries, châssis laqués, profilés — plus que les ailettes nues, où dominent piqûres et corrosion galvanique. Deux points de vigilance néanmoins : les ailettes pré-revêtues d'usine, dont les bords de découpe sont des amorces potentielles en atmosphère marine ; et les traitements de batteries appliqués sur préparation insuffisante, où toute forme de corrosion sous couche redevient possible. La parade est la même partout : interface propre et décontaminée, singularités soignées, défauts retouchés sans délai.

Une question sur votre cas particulier ?

Ce guide traite le sujet en général ; votre équipement, lui, vit dans un environnement précis. Si un doute subsiste, un échange technique suffit souvent à y voir clair.

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